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Mémoire de Neupré - Page 4

  • Mon Banc

    Renaud Strivay - Les Veillées villageoises

         J'avais dix ans.

         J'habitais alors à Plainevaux, non loin de la cascade, une vieille maison située sur la rive droite du ruisseau, près d'un petit pont de pierre.

         Au fond du jardin de cet humble logis -blotti contre la haie du verger voisin- il y avait un banc de bois qui fut mon confident le plus discret.

    banc.jpg

         Permettez moi d'en évoquer aujourd'hui le souvenir.

         Dès l'éveil du printemps, je m'y asseyais seul parfois, après  la classe, tandis que le soleil couchant teintait les fenêtres de sa sanguine, que la brise caressait les premières feuilles, et que d'heures charmantes j'y ai passées, oublieux des livres de l'école. parmi les arbres fraternels et les fleurs émerveillées!

        Sous mes yeux, les pinsons chantaient leur hymne au soleil, les papillons se chuchotaient des confidences et des abeilles -ivres d'air et de lumière-passaient jusque sur les pages de mon "Defays" songeur.

         O le charme de cette quiétude que ne venait troubler nulle voix importune.

         L'automne m'y conduisait encore...et j'ai gardé de ces soirs dolents de magiques évocations.

         Feuilles mortes de toute nuances s'entrechoquaient dans leur chute; écharpes orangées se mouvant aux horizons; étoiles clignotant sous leurs "loups" de velours; rayon d'ombre se délayant dans l'ombre éplorée; lampes familières vues à travers de petits rideaux, pommes tombant avec un bruit mat dans la prairie adjacente...pendant que -vaguement je pensais aux choses qui se meurent et aux métamorphoses des saisons.

         L'hiver pendant ce temps se poudrait à frimas derrièe un rideau de brumes et préparait son entrée en scène.

         Mon cher banc, alors trempé de pluie et strié de mousse, semblait redouter son isolement, et la haie ajourée versait sans trêve, dans ses rainures, l'eau froide de ses gouttelettes.

         Avec regret, je ne pouvais plus lui rendre que de rares visites et j'en souffrais intérieurement jusqu'a ce qu'Avril, au visage rose, vint retremper ses doigts dans les sources frissonnantes.

         J'avais dix ans.

       Ce petit banc apparaît toujours en relief sur le fond bleu tendre de mes souvenirs et je crois que, jamais ne tombera sur son image, le voile opaque de l'oubli.

    (Seraing-sur-Meuse   Imprimerie Alfred Genard rue Collard-Trouillet, 17 - Tél.29)

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  • Photos de jadis

    Chapelle Rotheux 1

  • La fontaine Maflot

     Cette rubrique est élaborée grâce à la collaboration de l'ASBL Mémoire de Neupré où il est possible de s'abonner en versant 12.50 € sur le compte 0.34-1636968-58 en indiquant "Nouvel abonné": nom prénom adresse; Courriels : nicole.broeders@hotmail.com (secrétariat) ou edouard.david@skynet.be (présidence).

    La fontaine Maflot

    Rotheux-Rimière
    Publié le 4 décembre 2010 
    par Jean Mertens 
    Propos recueillis par Rolande BERTRAND en 1993 pour le tout premier numéro des Cahiers de Jadis, maintenant épuisé.

     

    D’après Fernand LAFONTAINE, (malheureusement disparu depuis cette interview) à l’esprit curieux et à la mémoire prodigieuse, la fontaine du Maflot est la plus ancienne du village [de Rotheux].

    Maflot = mauvais flot, sans doute parce que l’eau jaillissait impétueusement, ne se laissait pas maîtriser et dévalait vers le fond de Rotheux vers Berleur. Elle s’est finalement assagie et a formé une fontaine qui a donné son nom à la rue riveraine.

    Juliette, 87 ans : "En 1933, Edmond et moi avons acheté un terrain à bâtir, à Rotheux, nous habitions Berleur. Notre choix s’est porté sur un terrain situé à proximité du "Maflot". L’eau était fraîche et potable, du cresson croissait vert et pur autour de la fontaine et des grenouilles coassaient leur joie de vivre." "Nous nous sommes toujours félicités de la proximité de l’eau car en ce temps là, et jusqu’à environ 1956, les foyers qui ne jouissaient pas d’un puits personnel devaientparcourir plusieurs centaines de mètres voire un kilomètre (la Salle), pour aller quérir l’eau nécessaire aux besoins d’un ménage, tandis que moi je longeais notre parcelle puis une cinquantaine de mètres dans le fond du terrain et arrivais à la fontaine. Avec beaucoup de facilité je puisais avec un seau car l’eau y affleurait. De petits murs, en briques, s’élevaient pour contenir l’eau, et une dalle les surmontait, servant de toit. A l’avant, un mur moins élevé, permettait de s’y appuyer pour puiser l’eau.["]

    Pour abreuver les animaux, les fermiers des alentours transportaient l’eau à l’aide de petits tonneaux.

    Un souvenir agréable était l’animation suscitée par les élèves de l’école toute proche. Criant et chantant, ils se désaltéraient, en formant un gobelet des deux mains jointes. Cela ne durait jamais longtemps, ils ne devaient pas attirer l’attention de leur instituteur qui leur défendait l’accès à la fontaine, non accompagnés. L’eau a toujours été fidèle à nos besoins, sur plus de 30 ans. Une seule saison, j’ai été obligée d’aller, au centre du village, chercher l’eau potable, pour l’alimentation. Pour le sanitaire et les nettoyages nous utilisions l’eau de pluie.

    Après l’installation des conduites d’eau alimentaire, les quelques riverains du Maflot continuèrent à y puiser l’eau, puis petit à petit nous avons été séduits par la facilité ; l’eau dans la maison et avec si peu de peine pour ouvrir un robinet !

    Une fois par semaine, j’ai continué à puiser l’eau pour le rinçage de la lessive, je la croyais plus douce pour le linge ! Une de mes voisines, a même innové le "rinçage public", elle chargeait sa "tine" sur la brouette et venait "rispamer" à la fontaine même.

    Elle a fait des émules et le lundi la fontaine était le rendez-vous obligé. Etait-ce pour le linge, ou pour les commérages ? Il y a trente ans de cela mais mes souvenirs sont toujours aussi vivaces.

    Au fil du temps, la fontaine a été abandonnée, mais elle se venge, son eau n’est plus renouvelée et a perdu ses belles qualités. Elle se cache, au fond de son trou, mais elle est toujours présente et ne demande peut-être qu’un peu de bonne volonté pour être apte au service.

     
  • L'ultime expansion du Loup (2de partie)

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    Suite et fin

     

    "Liège, le 10 juin 1813

    Au Sous-préfet de Liège,

    je vous préviens Monsieur le Sous-préfet que par arrêté de ce jour, j'ai accordé une prime de 15 francs au Sieur Leonard Thoman (Thomas) pour avoir détruit une jeune louve sur le territoire de la commune de Boncellen (Boncelles) ainsi qu'il résulte du procès-verbal qui en a été dressé sous la date du 7 courant par le Sieur H. Jacquemart, Brigadier forestier impérial, résidant dans la dite commune . . .".

    (un autre document précise que la bête est âgée de 7 mois et qu'il s'agit de Thomas à Boncelles dont le nom est cette fois bien orthographié).


      L'ogre de Corse -comme disaient ses adversaires- se morfond à l'île d'Elbe. Notre pays vit depuis peu sous la gestion prussienne. La toute nouvelle hiérarchie des Domaines émet un rapport :"l'institution de la Louveterie qui était bien conçue au fond n'a point exactement répondu à ce que l'on devait espérer d'elle. Les loups et les autres animaux nuisibles se sont accrus . . . les loups et les renards surtout font des ravages considérables . . .".


      Cette année là, on relève la réclamation de prime assez particulière pour la destruction d'un loup. Elle ne concerne pas la région mais vaut d'être citée, car il se serait agi d'une menace directe du carnassier envers un homme :

      


    "Liège 23 octobre 1814

       Le sieur . . . garde forestier, faisant le 30 août dernier sa tournée ordinaire, rencontre dans le bois un loup d'une grandeur prodigieuse et, à l'instant où cet animal alloit s'élancer sur lui, il le renverse d'un coup de fusil. Le loup furieux se relève en poussant d'horribles hurlements; il est atteint d'un second coup et reste étendu mort sur place.

       Il fait transporter ce loup chez le bourgmestre. L'animal est reconnu avoir été tué à l'instant même, et le procès-verbal qui constate sa mort est transmis par le directeur du cercle au commissaire du gouvernement, avec un rapport sur toutes les circonstances qui ont accompagné la destruction de ce loup.

       En conformité des instructions de S.E. le gouverneur général, à qui il a été rendu compte du danger qu'avait couru le garde forestier, et des ravages qu'avait déjà causés cet animal parmi les troupeaux de bêtes à laine des communes environnantes, le commissaire de gouvernement vient de délivrer un mandat de 50 frs sur la caisse du receveur particulier du cercle. Sans doute cette somme (quoiqu'elle excède de 38 frs la prime accordée en pareille circonstance) est encore modique, eu égard au service rendu; mais elle n'est pas le seul prix de cette action.

       Le citoyen qui se dévoue à la conservation de ses concitoyens, compte aussi comme première récompense, le bonheur de leur être utile.

    Le commissaire du gouvernement

    Piautaz

    Pour expédition conforme :

    secrétaire général : De During".


      Ce long texte tranche avec la concision des procès-verbaux antérieurs.

    Au point que le naturaliste peut se demander s'il n'est pas, à l'occasion banale d'un loup abattu, une fructueuse tartarinade destinée à l'inexpérience des nouvelles autorités.


      Par ailleurs, celles-ci confirment les mesures prises par l'ex-gouvernement français quant à la destruction du loup :

      

    ". . . maintient les mêmes primes accordées par le ci-devant (!) gouvernement français pour la destruction des loups . . . Il sera payé à titre de récompense, aux personnes qui auront détruit des loups et en justis-seront, savoir

    Pour la destruction d'une louve pleine18 frs

    Pour celle d'une louve non pleine15 frs

    Pour celle d'un loup12 frs

    Pour celle d'un louveteau  3 frs

    Fait à Liège le 12 octobre 1814".


      Peu après ces primes seront augmentées :

      

    "Loup enragé qui se serait jeté sur des hommes ou des enfants80 frs

    Louve pleine30 frs

    Loup20 frs

    Louveteau10 frs.


      Quelques années auparavant, un relevé global, fourni par la Préfecture sur les loups détruits dans le Département de l'Ourthe pour les années 1805 et 1806, mentionne le chiffre de 310 ! Le Préfet estime cette destruction insuffisante.


      A remarquer l'illogisme d'une situation voyant les gardes des Eaux & Forêts participer à l'élimination d'un prédateur qui, lui-même, s'en prenait au bétail pléthorique ravageant les bois.


      Pour conclure, relevons qu'il est clair dans notre forêt que le secteur du Bois de la Neuville était le plus riche en biomasse, le moins fréquenté, dégradé ou pillé. C'était déjà un refuge pour la faune y compris le loup. De là, celui-ci avait bien sûr le loisir, si besoin était, de parcourir les zones limitrophes tant altérées par des troupeaux frauduleux ou non.


      A l'opposé, nous voyons le Bois des Masuirs -cité à cette occasion comme Bois communal- attirant peu d'amateurs lors de l'affermage (location) de la Chasse en 1808. Il est décrit comme n'ayant plus que bruyères, terres vaines et peu de bois. Ce qui n'avait d'ailleurs pas empêché quelques notables, deux ans plus tôt, d'essayer de l'obtenir comme chasse privée.


      Signalons enfin qu'il existait une "terre aux loups" à Ougrée.